Je ne ferai pas le bilan de l’année qui vient de s’achever, je n’y vois pas d’intérêt et j’ai oublié pas mal de trucs. En revanche, j’ai retenu des épisodes fort chiants dont je me serais volontiers passé. Je n’ai rien accompli, je n’ai lu que trois livres, j’ai été diagnostiquée de deux pathologies de vieille personne et je n’ai réalisé aucun projet. Peut-être que j’ai regardé le temps passer. Je dis cela sans tristesse (ou presque) parce que je n’ai fait aucun épisode dépressif en 2025, ou alors suffisamment court pour qu’il soit anecdotique, au point de ne pas me souvenir quand ni comment. À moins que ce soit tellement bien inscrit dans mon ADN que je n’y fais plus attention ? Aucune idée, peut-être que je devrais prendre plus de notes en 2026. Je crois ressentir le besoin de tracker ma vie, pour me souvenir, pour plus tard. Je vois un peu trop souvent les ravages que font les pertes de mémoire pathologiques dans mon entourage et ça me met face à la mort. En fait voilà, si je dois résumer 2025, c’est l’année où j’ai pris conscience de ma propre finitude. C’est très philosophique finalement. Mais concrètement, les problèmes de santé, les miens, ceux des autres et même ceux de mon chat de 18 ans ont envahi mon espace mental.
Pour l’année qui vient je n’ai pas de grandes ambitions si ce n’est de faire un peu mieux ce que je fais déjà : photographier, écrire et lire plus de livres. Et faire du sport sérieusement, de la musculation notamment. Et puis fêter mes 40 ans décemment ; j’ai réalisé il y a peu que l’entourage que je me suis choisi au fil du temps était d’une grande qualité. J’ai appris à mettre à distance les relations néfastes et personnalités toxiques, ça m’a pris quelques années mais quel repos ! J’ai retrouvé le sommeil (ce n’est pas parfait mais on s’en approche). Je n’en ai presque plus rien à foutre. Je ne peux pas être moi-même en étant parasitée par ceux qui m’en empêchent, c’est incompatible. Et j’ai perdu tant de temps… Les anciens avaient raison, plus on vieillit et plus on envoie chier avec plus ou moins de facilité ceux qui le méritent.
Et donc, tracker ma vie. Je suis de nature désorganisée, je pars à vau-l’eau dès que possible et j’ai de gros problèmes de concentration depuis toujours. Cependant, j’ai vu des améliorations. Par exemple, avant j’étais bordélique. Aujourd’hui, je ne le suis plus du tout. J’ai appris à ranger et nettoyer au fur et à mesure, et quand j’ai accumulé par manque de temps ou de motivation, je réussis toujours à surmonter ça à un moment donné pour remettre de l’ordre. J’ai remarqué à quel point le chaos ne m’aidait en rien, ni à travailler ni à réfléchir ni à vivre, c’était même une source de déprime. Si c’est le bordel, je ne vois plus rien.
J’aimerais aussi chasser de mon esprit cette réminiscence qui est de me trouver stupide à écrire sur Internet. Je l’ai toujours fait mais en ce moment, je ne sais pas, ça me perturbe. Ça ne concerne que ma pratique, je n’y pense jamais quand je lis les autres. J’ai toujours l’impression que les blogueurs sont des marginaux et même quand le blog était à la mode, il fallait écrire sur les bons sujets. Avant cette mode, nous étions des weirdos, désormais nous sommes ringards. Et pourtant, avec ce que devient Internet, on pourrait se féliciter de trouver encore des endroits intéressants (je ne dis pas que le mien l’est, je ne me suis jamais trouvée spécialement pertinente, mais je lis quelques espaces qui le sont), avec de la valeur ajoutée, de la connexion, sans IA générative ni algorithme. C’est peut-être mon besoin d’être une cool kid (je ne l’ai jamais été) qui ne m’a pas quittée. Peut-être aussi parce que je ne supporte plus la moquerie, plus aucune dérision me concernant. J’ai atteint mon quotat. Si tu te fous de ma gueule, je t’éteins direct. Alors peut-être que je veux minimiser les occasions. Bref, on peut en débattre si vous voulez.
Photo issue de ma série Vers le phare, novembre 2025




Sincèrement, je ne crois pas que ce soit si ringard que ça de bloguer, plus en 2026 en tout cas. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la merdification numérique actuelle, le fait que les réseaux sociaux hors Fédivers sont les caprices de tech bros milliardaires et suprémacistes, et qu’au lieu de nous servir à nous « modeler nous-mêmes », Internet ne nous sert pratiquement plus qu’à nous « gâcher nous-mêmes » (l’expression n’est pas de moi, mais de Henry (note : j’ignore si le HTML va être interprété ; si ce n’est pas le cas et que ça détruit tout, sens-toi libre de modifier mon commentaire pour rectifier).
Mais bon, au fond, même si des gens (qui ? qu’on les bloque) nous traitent de vieilles ringardes, peu nous chaut, non ? Qu’est-ce que ça change, si nous, on kiffe ?
Comme tu sais, je réfléchis beaucoup à ces sujets-là, au blogging, à la micro-édition numérique, au fait « d’oser » publier et partager, même quand je doute (surtout quand je doute). Y’a pas de réponse universelle, ce qui fonctionne à peu près pour moi peut être ta kryptonite, et vice-versa.
Malgré tout, au fil du temps, en lisant tout plein de personnes différentes qui réfléchissent aussi à ces sujets et l’écrivent, il y a quelque chose que je perçois très souvent, et c’est quelque chose qui est confondant de simplicité : le plaisir. Ça se sent tout de suite, si quelqu’un prend du plaisir à écrire. C’est même très communicatif. Souvent, je lis des billets de blog qui me donnent une furieuse envie d’écrire. Et c’est exactement comme ça que c’est censé fonctionner.
Je comprends parfaitement bien ce que tu dis à propos de ton quota atteint concernant la dérision et la moquerie. Ton blog, tes règles. Atomise qui tu veux. Je veux croire qu’un blog personnel soit une alcôve plus intimiste et préservée qu’un profil très suivi sur un réseau social à la mode.
Sur la stupidité d’écrire sur Internet : je suis allée lire l’étymologie de ce mot, hé bien ce n’est pas si négatif que ça, même si on l’utilise d’ordinaire comme synonyme d’imbécillité. En réalité, un des premiers sens de ce mot, c’était la stupeur, le fait d’être paralysé·e par l’émotion.
En te lisant, c’est bien plus ce sens-là que je perçois, que la bêtise que tu perçois, toi, dans ta manière d’aborder l’écriture sur Internet. Peut-être que cela dissimule une envie de changer quelque chose ? Qu’est-ce qui t’apporte du plaisir ? Qu’est-ce qui te met en joie ?
La réflexion en négatif fonctionne aussi : qu’est-ce qui entrave cette joie à écrire et à publier, et le transforme en ascension de montagne à chaque fois ?
TL;DR : continue à écrire et à partager ce que tu aimes, toi. Tu t’intéresses à plein de choses chouettes, tu as une personnalité et un style uniques, et tu écris diablement bien. S’il y a bien quelqu’un qui doit bloguer, c’est toi. Les relous, on s’en fout, vraiment !
Désolée de ne répondre que maintenant à ton commentaire, ces derniers temps ont été denses et j’ai mis de côté mon blog. En revanche je n’ai pas fait l’impasse sur m(l)es réseaux sociaux, c’est criant de voir qu’ils me tiennent par toute leur facilité. Je crois que si je me sens toujours autant mal à l’aise en écrivant sur Internet, c’est parce que je suis influençable au jugement. Bien sûr qu’on s’en fout, je le sais et dans le fond j’y arrive, sinon j’aurais déjà supprimé mes traces. J’ai peut-être toujours été marginale au fil du temps tout en espérant rejoindre la bonne file qui va dans le bon sens. Ça ne veut rien dire, j’en ai conscience. Disons que j’ai des pics de réalisation par moment et ceux-là sont biaisés. Pour autant, j’aime voir les blogs refleurir et apporter des réflexions, qu’elles soient politiques, artistiques ou quoi que ce soit d’autre. Tu parles de plaisir et c’est ça, c’est tout à fait ça et il n’y a que ça qui doit compter. D’autant que, comme toi, des gens me donnent envie de faire à mon tour. Je suis toutefois souvent parasitée par une question affligeante : pourquoi faire ? qui va au-delà de la notion de plaisir. Mais c’est peut-être parce que je fais ma mauvaise tête. Car si on va par là, autant de rien faire du tout, jamais.
Ton dernier paragraphe, exactement ce que je me dis en ce moment x1000. J’ai du mal à (re)trouver du sens à raconter ma vie/mes pensées/états d’âme/opinions sur internet, alors que comme toi ça ne me viendrait jamais à l’esprit en lisant un blog/blousque/etc chez quelqu’un d’autre, et que je le faisais sans peine il y a quelques années. Le nombre de fois où j’ai commencé à écrire des articles effacés au bout de quelques lignes parce que systématiquement je me dis « mais on s’en fout ».
En tout cas je te souhaite le maintient de la paix dans ta vie en 2026 !
On a peut-être une difficulté à exister, à faire notre place dans ce monde. Parfois j’ai l’impression que la meilleure chose à faire est de garder le silence par peur de dire de la merde, d’avoir l’air neuneu ou que sais-je. Alors que, bon, on devrait s’en foutre. Genre vraiment. C’est trop bien de bloguer en vrai.