Je suis la dame au centre

Pensées photographiques

L’autre jour, en regardant des photos de rue sur Instagram, je me suis demandé comment et pourquoi nous en étions arrivé‧es à créer une mode dans une mode, c’est-à-dire ici à produire des images avec de grandes plages d’ombre et de noirs bouchés qui contrastent avec des parties très ensoleillées. YouTube a lu dans mes pensées et m’a poussé cette vidéo de Lucy Lumen, photographe basée à Gold Coast en Australie, qui explique comment obtenir ce rendu. Je n’ai rien à reprocher à cette méthode mais je dois avouer que ces images me mettent souvent mal à l’aise. Elles provoquent chez moi un inconfort, je suis gênée par le soleil éclatant comme si je me trouvais dans la rue moi-même. Je tenterai le coup à l’occasion parce que je me demande ce que ça peut donner dans une ville sans gratte-ciel.

Un exemple avec des photos d’Elsa Le Baratoux issues de sa série Pop My 18 :

Je suis quelques youtubeurs photo, vraiment pas beaucoup, et tous ont posté ces jours-ci une vidéo pour promouvoir un boîtier Hasselblad qui leur a été envoyé gracieusement. J’ai cru voir que le modèle variait mais les prix commencent à 7200 euros (sans optique) et montent jusqu’à 12000 euros (avec optique). Ça me dépasse de constater une forme d’émancipation de la chose, c’est un peu comme si toutes les influenceuses mode s’étaient fait rincer par Chanel et faisaient toutes en même temps la promotion d’un sac de luxe. J’ai vu deux youtubeurs qui ont la même rhétorique sur la marque et, très franchement, ça me fatigue. J’entends bien qu’on parle de la Rolls Royce des appareils photo mais quel follower de YouTube achète ça ?

Puisque nous parlons du YouTube photo game, un photographe que je suis a fait rouler mes yeux très fort. J’ai horreur des titres clickbait mais bon, business is business, sauf qu’ici on ne touche plus terre. Le mec est photographe et entrepreneur, il propose des formations et du coaching parce que chacun sa vision des choses, et sa dernière vidéo s’intitule littéralement : Je détruis dix ans de ma vie. C’est sybillin puis ça ne raconte pas du tout ce que ça sous-entend, le mec s’est juste séparé de sa meuf et la ville est devenue trop petite pour tous les deux, voilà, pas besoin d’en faire une leçon de vie LinkedIn. Je l’ai donc unfollow parce que j’en ai marre de ces conneries. Il y a un discours standardisé pour les réseaux sociaux qui n’ont plus de sociaux que le titre puisque ce sont désormais des sites marchands et il faut avoir les nerfs solides pour subir cette récréation pesante. J’y participe moi-même puisque je dois vendre mais, par pitié, merci de me mettre un coup sur la tête si je commence à pondre un storytelling daubé du cul.

Extrême-droite glamour

Une forme de curiosité m’a saisie et je suis allée visiter le compte Instagram de Carolina de Bourbon, la nouvelle meuf supposée de l’antéchrist Jordan Bardella. Son nom complet est Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, presque comme sa sœur cadette qui s’intitule Maria Chiara et tutti quanti (ce sont les gamines qui font bouh derrière les arbres). Je ne suis pas très calée en têtes couronnées même si je traîne souvent mes guêtres sur Wikipédia, mais je comprends malgré tout que Carolina est l’héritière du trône des Deux-Siciles alors que j’ai toujours pensé qu’il n’y en avait qu’une, de Sicile. En allant plus loin mais pas tant non plus, j’ai vu que ce royaume avait fait un passage éclair au royaume des royaumes puisqu’il a été fondé en 1816 puis dissous en 1861. Je ne comprends même pas que ce soit un sujet et pourquoi des têtes ont manqué de rouler en 1789. Bref, pour en revenir au compte Instagram de Carolina, il n’a aucun intérêt si ce n’est la montrer blonde, blanche et mince, c’est juste qu’elle est une riche originelle et pas une nouvelle riche comme certaines influenceuses (qui sont bien plus rock’n’roll même si ce monde me dépasse tout autant). Ce qui amène ma pensée à The Gilded Age, série que j’adore, et je ricane, dans le fond.

Étoiles furtives

Quelqu’un a-t-il déjà pensé à braquer un micro sur un verre rempli d’une boisson gazeuse ? Les bulles chantent littéralement en remontant à la surface, c’est de la musique modulaire.

Pendant que je rédige ces lignes, des artisans sont en train de finir la peinture de ma façade et je viens de les entendre retirer l’immense bande d’adhésif servant à délimiter ma maison de celle de mon voisin, et j’ai ressenti un plaisir étrange à l’écoute de ce bruit satisfaisant.

Photo d’illustration : Women at 4-H Club Fair, Cimarron, Kansas, de Russell Lee

3 réflexions sur “Je suis la dame au centre”

  1. Le passage sur le youtubeur m’a fait sourire, je me suis désabonnée de je ne sais combien de personnes peu ou prou pour les mêmes raisons, j’ai gardé un espace abonnement très majoritairement féminin d’ailleurs car je supporte de moins en moins (mais genre vraiment) de voir des tronches de gars qui m’expliquent la vie et qui croient avoir découvert l’eau chaude toutes les 3 semaines. Ils sont inintéressants, parlent trop fort, gigotent comme des abrutis et franchement les plans face cam beaucoup trop près mais AU SECOURS.

    1. Je privilégie aussi les femmes dans tous les domaines et quand je follow un homme, je suis beaucoup plus exigeante. C’est incroyable le nombre de vidéastes masculins qu’il y a sur YouTube et la grande majorité est insupportable, dans aucun monde je n’ai envie de les écouter.

  2. Mais comment avais-je raté la vidéo des deux princesses ? Ces gens me fascinent. J’étais pionne dans un collège de bourges, et il y avait des gamins qui parlaient comme ça et qui avaient les mêmes comptes insta, en version 12-15 ans.

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