Le YouTube de la perdition

Hier, j’ai posté un billet rempli de réflexions sur divers sujets mais dont la majeure partie traite de photographie. J’évoque YouTube et ses vidéastes spécialisés (je genre au masculin, c’est fait exprès) dont je n’aime pas le contenu qu’ils essaient de me vendre. Enfin il s’agit plus de méthode que de contenu à proprement parler. Il y a des concepts marketing (car on parle de marketing) qui me chiffonnent (ça ne m’empêche pas de dormir, rassurez-vous). Je pourrais ne parler que de contenu, puisque c’est le terme générique utilisé pour parler de tout ce qu’on poste sur Internet, mais j’en suis bien incapable : si la méthode utilisée pour me faire cliquer ne me convient pas, je ne regarde pas la vidéo. Je tenais à vous montrer des exemples concrets, aussi j’ai parcouru la page d’accueil de YouTube à la recherche de miniatures, une sorte de do et de don’t tout à fait subjectifs. J’imagine qu’il y a des gens qui réfléchissent aux méthodes dont je vais parler et celles-ci doivent fonctionner ; elles ne fonctionnent juste pas sur moi. Certaines choses me contrarient même, instillent en moi un sentiment négatif parce que j’ai l’impression qu’on me manque de respect. Qu’importe mon taux de confiance en moi-même, je crois qu’il n’est agréable pour personne de lire un type qui pop de nulle part pour nous pointer du doigt et nous dire que nous faisons de la merde. La photographie est à la fois une science, un art et une philosophie, les trois se fondent et se répondent. S’il est nécessaire d’apprendre à utiliser un appareil photo et ses valeurs physiques et mathématiques, ces dernières s’allègent une fois assimilées. Nous utilisons tel ou tel outil, telle ou telle fonction, et rien n’est moins bien qu’autre chose car chacun‧e a sa façon de faire. Des hommes se pensent garants d’un savoir à transmettre et quand on creuse un peu, leur travail n’a rien d’exceptionnel. Mais bon, apparemment ils savent.

Faisons un point sur les miniatures YouTube qui me font fuir :

Le vocabulaire employé ici est négatif : stop, arrête, mauvais, erreur, ne fais pas comme ça. Les hommes qui utilisent ce champ lexical ajoutent leur tête de manière très désagréable. Je refuse de cliquer sur la vidéo d’un type qui semble avoir repéré un diplodocus dans son jardin mais, pire encore, qui tire une tronche de dix pieds de long en ayant l’impression de me regarder. Ainsi, par écrans interposés, je me sens jugée et je n’ai jamais apprécié ce comportement éducatif tout au long de ma scolarité.

Toutefois, il n’y a pas besoin de montrer son visage pour être condescendant : 

Ici, je pense que les deux premiers vidéastes sont partis d’une bonne intention. La volonté est toujours éducative mais elle est en fait insultante. Les débutant‧es en prennent toujours pour leur grade et on les interpelle systématiquement par la négative. Todd Dominey estime qu’il n’y a qu’une seule façon de contraster une image et Tim Calton tombe carrément dans le piège de l’insulte facile. Dans aucun monde je ne cliquerai sur une de ses vidéos (et pourtant j’aimerais bien voir la gueule de ses images). Vous savez comment je peux en être sûre ? Parce que je sais que je fais de bonnes photos, qu’importe la façon dont je les prends (exemples tout bêtes : je n’utilise pas le viseur, je fais ma mise au point au doigt sur l’écran, mes ISO sont en automatique la plupart du temps, la balance des blancs l’est toujours et je fais parfois de la photo de rue avec le mode A).

En scrollant sur la page d’accueil de YouTube pour trouver de la matière pour ce billet, j’ai compris une chose : je suis attirée par une image de personne ou d’environnement calme et par l’humilité. En photographie comme dans l’art en général et tout ce qu’on fait dans la vie, on ne peut pas plaire à tout le monde et c’est une excellente nouvelle. Je n’entrerai pas dans le rabbit hole du bon et du mauvais goût par manque de bases en sociologie (Bourdieu !) mais il va de soi que tout le monde a le droit de s’exprimer. J’ai l’impression que le marketing va à l’encontre de ça et c’est sûrement parce qu’on aime bien rager sur Internet. Je suis là à faire la leçon mais je ne suis pas la dernière à hate watch les reels d’un photographe sur Instagram parce que je ne comprends pas sa façon de procéder et la fierté qu’il en tire, je pense toujours en mon for intérieur que son travail est mauvais. Sauf que je ne vais pas lui dire (tout le monde n’a pas eu le memo dans les commentaires).

Alors j’ai également capturé ce qui me plaît sur YouTube, ce vers quoi je clique volontiers. Vous remarquerez qu’ici, il y a des femmes. Voici les diverses catégories qui m’intéressent :

Ici, les images finales ne sont pas ce qui m’intéresse en premier. Ce que j’aime, ce sont les points de vue, qu’ils soient classiques avec la caméra attachée à la poitrine ou bien qu’il s’agisse d’une opinion, d’un savoir-faire ou d’une expérience. J’aime voir où les photographes vont, pourquoi ils choisissent un lieu ou tel matériel parce que ça ouvre des perspectives de façon toujours jolie. J’ai bien plus envie de regarder la vidéo de quelqu’un qui dit « je » plutôt que « tu » + négation.

Lisa PortinariJonathan BertinHenry TurnerSébastien Pouteau

Il y a aussi ces façons d’enseigner, comme quoi c’est possible :

J’apprends des choses avec plaisir sans me dire que j’agis de la mauvaise manière, ça ouvre mon esprit. Petit disclaimer sur l’esthétique du moche qui vous semblera bizarre si vous n’êtes pas dans le milieu de la photo mais je vous rassure, il s’agit ici d’un genre photographique à part entière et non pas un jugement de valeur subjectif de la part du vidéaste.

RO VidéosTatiana HopperApril Clayton (Camera Newb) – Genaro Bardy

Le teasing est tout autant un art. Des photographes ont compris comment rester vagues tout en donnant envie de cliquer car iels n’insultent personne. Iels ont simplement le sens de la formule et n’ont pas toujours besoin d’écrire en lettres capitales. N’est-ce pas reposant ?

Lucy LumenRoman Fox

Enfin, quand on a besoin de se pencher sur du matériel, il existe des photographes-vidéastes qui restent factuel‧les sans nous prendre pour des imbéciles, sans nous dire qu’il y a des marques pour losers et d’autres pour winners.

Nadia de Partons en voyage (spécialiste Lumix)

J’ai fait un tour sûrement non exhaustif des comportements plaisants et déplaisants. Deux amis, dont l’un est youtubeur, m’expliquaient qu’avant de publier sa vidéo, un vidéaste peut proposer différentes formulations afin de bêta-test les combinaisons gagnantes, celles qui flatteront autant les algorithmes que les spectateur‧rices. Je pense donc à ceux qui ont choisi le combo visage ahuri + titre en majuscules + TU ES UNE MERDE : pourquoi vous existez, en fait ?

Et quand on a une vue d’ensemble sur les chaînes de Lisa Portinari et Lucy Lumen, n’est-ce pas beaucoup plus attractif ?

Photo d’illustration : Alexey Demidov

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