Sauver le monde avec les bonnes graines

Noah Wyle dans The Pitt. C'est un homme cinquantenaire blanc barbu en tenue de soignant qui s'appuie contre une porte vitrée. Il tient un mug de café dans son autre main et il a le regard dans le vague.

Pensées photographiques

Sur Instagram, j’ai vu la vidéo d’une photographe qui faisait un sketch humoristique en inventant une situation cocasse. Elle imaginait que des client‧es, pour une prestation mariage, lui demandaient si elle pouvait aussi photographier leur nuit de noces. Elle ironisait sur la requête et incarnait les deux rôles, celui de la cliente pleine de malice et le sien propre, photographe choquée, voire dégoûtée par la demande. Les commentaires n’étaient pas en reste bien que quelques esprits badins m’aient fait sourire. Une personne n’a pas su s’il s’agissait de premier ou second degré et la photographe lui a expliqué que si la situation avait eu lieu, jamais elle ne s’y serait illustrée. De mon côté, je ne vois pas où est le problème. Une telle demande peut être vue comme étrange, voire déplacée selon le contexte, mais je pense qu’entre adultes consentants on peut faire à peu près tout ce qu’on veut dans un cadre légal. Je pense que tout peut être photographié. Le travail du photographe Julien Saura immortalise des couples en train de faire l’amour (entre autres) et, oui, c’est une forme de pornographie mais qui a dit que cette discipline ne pouvait pas être artistique ? Je trouve les photos magnifiques (merci Adrien de m’avoir rappelé son nom que j’avais oublié !)

Opinion

Sur un autre réseau social, j’ai subi sans réagir une opinion qui m’agace depuis un moment et qui revient de temps à autre comme un marronnier, celle qui oppose professionnellement les gens qui ont des enfants et celleux qui n’en ont pas, cette opinion qui dit qu’il serait salutaire et judicieux que la pose des congés favorise les gens qui ont des enfants. À moins qu’il s’agisse d’un cadre particulier comme celui que pourrait vivre un parent célibataire ou quelqu’un de malade ou en parcours de soin, je ne vois pas au nom de quoi ma personne nullipare devrait laisser la place à celles qui ont des enfants, sous-entendu une famille. On suppose toujours que les personnes célibataires ou en couple (mais sans enfant) n’ont pas de priorité, pas de famille, ne sont jamais fatiguées (la fatigue mobilise un concours de bite sempiternel) parce qu’on tourne encore et toujours autour de la famille nucléaire et ses petits électrons. Le terme « famille choisie » a même été tourné en ridicule, ce qui me met en colère. Parce que je n’ai pas d’enfant mon temps personnel serait moins précieux ? Mes proches qui ne sont pas mes enfants auraient moins de valeur ? Pour qui se prend-on ? Le sage, la lune et le doigt : merci de s’attaquer plutôt au patronat.

Envie de vous parler de mon jardin 🌻​🌿​

J’habite une maison de ville posée sur un terrain d’une petite centaine de mètres carrés mais j’ai la chance d’avoir un jardin, aussi modeste soit-il. Quand je suis arrivée là il y a treize ans, le gazon semblait taillé aux ciseaux et il y avait un ou deux arbustes. Les premières années, j’ai laissé la nature reprendre ses droits, surtout par flemme, manque d’idée et de motivation. Au fil du temps, tout a poussé : le laurier me cache de la rue, un cerisier est apparu (mais les fruits ne sont mangeables que par les oiseaux), les hibiscus se sont multipliés (ça c’est un peu relou), le romarin est mort et j’ai planté un magnolia qui n’a pas fleuri cette année, je pense qu’il est trop à l’ombre alors je songe à le déplacer. J’ai consacré une bande de trois mètres de longueur sur presque un mètre de profondeur au potager. J’ai du mal à faire pousser des trucs, notamment par manque de connaissance et aussi d’investissement. J’aime le jardinage autant que je le déteste, la seule chose qui m’intéresse est le résultat : fleurs, fruits, légumes. Tout ce qui gravite autour est ingrat et me fait beaucoup râler. Cependant, les choses se passent mieux cette année grâce à la chaîne YouTube d’Ophélie – Ta Mère Nature dont j’écoute les conseils autant que possible. Le simple fait que l’intégralité de mes semis ait pris me motive : j’ai acheté, pour la première année, des graines (reproductibles) chez un producteur artisanal local et bio. Ophélie explique dans l’une de ses vidéos que la provenance des graines est la base de tout, si elles ont déjà poussé dans la région, alors elles pousseront de nouveau. Me voici donc avec beaucoup trop de semis de tomates cerises, de poivrons et de piments variés (Jwala et pénis (oui, le piment pénis)) mais c’est super, je suis ravie (et je pourrai en donner).

Si la vie à la campagne ne me conviendrait pas du tout, je suis très heureuse d’avoir un petit carré de verdure en pleine ville. J’aime voir les choses s’y développer même si c’est une majorité de « mauvaises » herbes. Chaque printemps, ma pelouse est jonchée de pissenlits, de pâquerettes, de boutons d’or, de véroniques, de primevères, de myosotis, de jacinthes des bois et de violettes. J’ai une pervenche qui progresse naturellement et ses fleurs sont rares, je les adore. Il y a quelques années, j’avais des giroflées des murailles mais elles ont disparu, j’ai donc l’intention d’en disséminer de nouveau. J’ai aussi bouturé un hortensia dans la rue, à quelques mètres de chez moi, le nombre de fleurs a tout simplement quadruplé depuis l’année dernière. J’ai planté un framboisier qui est si heureux que je dois modérer ses ardeurs. Et, surtout, j’ai la visite de papillons et d’oiseaux tout au long de l’année, car je les nourris l’hiver. Je trouve ça fabuleux, ça contribue vraiment à mon bonheur.

La pervenche ⤵️​

Fleur de pervenche parmi ses feuilles. La fleur est mauve avec cinq pétales. Les feuilles sont bicolores, bien vertes en leur centre et très pâles tout autour.
Feuilles de pervenche bicolores, bien vertes en leur centre et très pâles tout autour.

Point culture

📚​ Depuis que l’année a démarré je suis enfin dans une bonne phase de lecture. Au meilleur de ma forme, je lis dix livres par an. Il m’est impossible de faire plus parce que des atomes entrent en collision chaque jour : j’ai des problèmes de concentration, je suis incapable de rester fixe sur une tache plus d’une heure sans avoir envie de faire autre chose et, pour ne rien gâcher, je lis très lentement (je ne sais pas lire en diagonale, je lis chaque mot et chaque phrase et parfois plusieurs fois parce que mon esprit m’emmène ailleurs). Mais depuis janvier je conserve un cap qui me fait plaisir puisque je suis en train de lire mon sixième livre, j’avais probablement besoin d’un peu d’autodiscipline (un cauchemar). J’ai lu, entre autres :

La couverture est une photo du début 1900 qui représente deux femmes et deux hommes en pleine séance de spiritisme autour d'une petite table ronde.

E.E. (1995) est le deuxième roman d’Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature en 2018. L’histoire d’Erna Elzner, adolescente prussienne qui semble dotée de pouvoirs médiumniques, circa 1908. Sa mère la conforte dans cette voie et organise des séances de spiritisme. Deux hommes suivent l’enfant de près, un spirite qui veut tout lui apprendre et un étudiant en médecine qui veut faire triompher la science. L’autrice nous embrouille : fantastique ou approche psychanalytique ?

La couverture représente un champ de colza avec une maison au loin et un ciel bleu.

Chanteur de Blankass, Guillaume Ledoux signe son premier roman avec Colza. L’histoire d’un jeune homme passionné d’écriture, issu d’un milieu rural et modeste. Il tombe amoureux d’une jeune femme aisée qui l’encourage à écrire plus et mieux. Un roman sur le rêve de création, dont l’approche est réaliste et anti-parisianiste. On aurait préféré se passer du trope de sauvetage du héros par une femme, concept éculé, mais le livre est très bien écrit alors on accepte.

La couverture est une illustration qui représente des serpents noirs aux yeux jaunes avec la langue rouge sortante, le tout sur fond bleu roi.

Cabale est le premier roman de Sandrine Goeyvaerts, caviste, autrice et féministe. L’histoire d’un groupe de femmes qui s’organisent pour punir les hommes à la hauteur de leurs méfaits à l’égard du genre opposé, allant de l’humiliation publique à l’exécution pure et simple. Bien que ressassée par les héroïnes, la colère est maîtrisée et analytique. Un roman sombre, un poil dystopique et profondément juste dans les combats qu’il mène. On en a cruellement besoin.

📺​ J’ai fini la deuxième saison de The Pitt qui m’a franchement épuisée. Je n’ai pourtant pas regardé plus de deux épisodes par soir mais cette série sait nous embarquer avec ses petit‧es camarades soignant‧es au bout du rouleau. Malgré ça, c’est une série d’une grande intelligence qui mérite tous les compliments qu’elle reçoit. J’ai remarqué qu’on avait mis le paquet sur les détails, disons, sanglants par rapport à la première saison. Âmes sensibles, tout ça.

Dans le même thème, ou presque, j’ai entamé la dixième saison de Scrubs. Les neufs saisons précédentes ont été diffusées entre 2001 et 2008 et revoici les mêmes personnages presque vingt ans plus tard. Je n’ai regardé que les deux premiers épisodes mais c’est un revival réussi, d’autant que Scrubs est dans le top 10 de mes séries préférées. La nouvelle saison conserve tous les ingrédients qui ont fait le succès des saisons passées tout en s’insérant intelligemment dans l’air du temps. Dites-vous que Todd et le Dr Cox ont évolué sans perdre leur personnalité. Et on pense avec émotion à Theodore Buckland qui va nous manquer, personnage joué par Sam Lloyd disparu en 2020.

Je ne regarde pas que des choses drôles ou intellectuelles, il m’arrive parfois de plonger la tête la première dans des trucs mielleux et c’est ainsi que j’ai avalé les trois saisons disponibles de Sullivan’s Crossing en quelques jours seulement. C’est une histoire vue et revue digne d’un téléfilm qui s’étire sur plusieurs épisodes mais qui fait du bien : après un sale coup porté à sa carrière, une neurochirurgienne quitte Boston pour revenir dans sa région de naissance où est toujours son père, un camping au bord d’un lac à la frontière canadienne. Elle y retrouve son amie d’enfance et rencontre un beau gosse qui a des fêlures. Bon, je ne vous fais pas de dessin, vous comprenez très bien où tout ça se dirige. Je ne regarde jamais de téléfilm, ce qui me fait sauter le pas avec ce genre d’histoire, ce sont les acteurs. Dans Sullivan’s Crossing tout est de la faute de Chad Michael Murray (Les Frères Scott, Freaky Friday et sa suite) qui joue le beau gosse à fêlures et je trouve que c’est un mec qui vieillit super bien. Physiquement s’entend.

Image d’illustration : Noah Wyle dans The Pitt

2 réflexions sur “Sauver le monde avec les bonnes graines”

  1. Bravo pour les livres, je n’y arrive plus du tout, et c’est bien à cause de cette impossibilité de me concentrer également… L’intoxication au web est trop forte. Mais je ne baisse pas les bras !! 🙂

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