Et toi, ton stylo préféré ?

Depuis que j’ai repris les rênes d’un blog personnel régulier, je suis mes camarades avec Inoreader, un agrégateur de flux RSS auquel je n’ai rien à reprocher. Je n’y vais pas tous les jours mais au moins une fois par semaine, je lis, m’intéresse, ne commente pas toujours, il est vrai, et découvre d’autres personnes comme nous et c’est très bien. Mais alors à chaque fois que je lis quelqu’un parler de sa façon de bloguer et de développer son blog, ça me donne envie de revoir ma façon de faire. C’est furieux. Je suis dans la comparaison constante, non pas par auto-dénigrement mais parce que je trouve les idées des autres vraiment trop biens. Et puis la réalité me rattrape, je ne sais pas développer, je n’ai que de très modestes bases de CSS et de HTML et WordPress m’a appris à ne pas m’emmerder avec tout ça en plus d’entretenir ma flemme.

En l’état, je trouve mon blog bordélique. J’ai abandonné l’idée des catégories parce que je n’aime pas quand les choses sont mal rangées (je n’ai jamais dit que j’étais logique) et je change toujours d’avis. Tous mes billets sont postés de manière semi-spontanée. Chaque paragraphe/sujet est rédigé selon l’humeur, pas toujours le même jour, et je poste quand le billet me semble d’une longueur acceptable. J’embrasse le chaos, j’imagine, un chaos semi-maîtrisé, et le chaos est mon reflet. Alors s’il y a des gens qui veulent me lire (sait-on jamais), ils pourraient ne pas comprendre où ils sont tombés justement parce que ce blog n’est pas catégorisé.

À la base, je voulais rédiger un blog plein d’esprit. Je voulais aussi éprouver mon écriture créative parce que j’admire les gens qui arrivent à pondre mille signes à propos d’un gobelet à moitié vide posé sur un guéridon (j’ai dit guéridon, oui). À la place, je me suis laissée emporter, vous avez quelqu’une qui vous raconte ses opinions bien arrêtées et ce qu’elle a regardé à la télé. Peut-être y a-t-il tromperie sur la marchandise, ou pas, je n’en sais rien, mais une chose est sûre, c’est que je ne suis pas assez concentrée.

D’ailleurs, à propos d’opinions arrêtées…

Boomering

… depuis quelque temps, je multiplie les déclarations à voix haute sur mon refus d’utiliser certaines technologies et je me fais traiter de boomer. Premièrement, je suis née vingt-deux ans après la fin de la période qui a vu naître les vrais boomers, je trouve donc très agaçant cet adjectif galvaudé dans la bouche d’un adulte alors qu’il ne devrait pas dépasser l’adolescent qui se fout de la gueule d’une personne plus âgée à coups de « OK boomer » — cela dit j’ai l’impression que c’est passé de mode. Ensuite, alors que le monde va trop vite, que nos données sont piratées à longueur de journée, que notre cerveau est sur-sollicité (le mien c’est chaud, je vous jure) et qu’on nous demande d’abaisser notre temps d’écran, j’aimerais qu’on me dise en quoi il est « boomer » de ne pas vouloir utiliser certaines fonctionnalités. Non, je n’ai pas besoin d’enregistrer ma carte bleue sur mon smartphone. Non, je n’ai pas envie de créer un compte numérique dans chaque boutique où je me rends pour avoir des avantages supposés (mon cul sur la commode), donnez-moi une simple carte de fidélité cartonnée à tamponner qui m’offre un produit au bout de dix passages. Je jette parfois un œil aux horodateurs et je suis bien contente d’être piétonne et cycliste parce que ça me gonflerait de devoir télécharger trois applications différentes pour payer ma place de stationnement. J’ai horreur des menus de restaurant accessibles uniquement par QR code, à la base je préfère quand le smartphone reste dans la poche quand je mange avec quelqu’un. L’autre jour, je me suis retrouvée bloquée à l’intérieur de Saint-Lazare parce que l’appli de la RATP buguait et m’empêchait de passer le portique pour accéder à mon train. Et puis je possède désormais une fort jolie montre donc quand je veux savoir l’heure, je regarde mon poignet au lieu de sortir mon smartphone et de riper vers un réseau social quelconque. Je passe déjà beaucoup trop de temps sur cet engin dont je n’ai même pas envie de me passer, il m’est bien utile, mais je veux limiter l’utilisation au maximum. Je suis fatiguée, en fait, et je ne vois pas en quoi ça fait de moi une boomer. Moi je ne risque pas de passer un coup de fil à mon gendre pour lui demander de réparer mon imprimante.  Je pratique la photo de rue, les gens sur leur portable sont ma Némésis. Cela dit, ça dit beaucoup de choses de notre époque alors ils apparaissent parfois dans mes travaux. Je n’utilise pas Google Agenda, j’ai un agenda papier au format A6, je kiffe écrire dedans. Je ne milite pas contre les utilisations sus-citées, si les gens préfèrent tout centraliser, grand bien leur fasse. Je ne leur dis rien, je ne me moque pas d’eux parce que je m’en tape. Je leur saurai gré de faire de même avec moi. En quoi le fait de toujours avoir ma carte bleue dans mon sac à main me rend stupide ou drôle ou moins intéressante ? On me demande carrément de me justifier. Eh, calmez-vous, je vous en conjure. Laissez-moi tranquille et lire mes livres sur papier plutôt que sur liseuse, putain, c’est incroyable d’être chiant à ce point. Qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’une action plus traditionnelle (à mettre en perspective, hein) me prenne deux minutes au lieu de quinze secondes ? Et si l’aspect matériel me fait juste plaisir ? En big 2026 on trouve original d’utiliser un stylo avec de l’encre qui en sort alors que le Pilot V7 Hi-Tecpoint 0,7 est l’objet le plus agréable qui soit. Rendez service à tout le monde, chut.

Photo d’illustration : Larm Rmah

12 réflexions sur “Et toi, ton stylo préféré ?”

  1. Il y a tellement de blogs fantastiques, tant dans le design, la régularité de publication, l’architecture du site, c’est compliqué de ne pas se comparer. J’ai tout le temps plein d’idées que je suis incapable de mettre en œuvre techniquement.
    Mais bon, on visite principalement les blogs pour les lire. J’essaie de garder ça en tête quand je me dis que chez moi c’est fade et mal rangé.

    Sinon, à bas les comptes fidélité. L’autre jour je me suis presque engueulée avec une caissière parce que je ne voulais pas donner mon adresse mail.

    1. On visite principalement les blogs pour les lire, c’est très vrai, mais je dois admettre que je suis sensible à l’environnement (qui ne m’empêchera pas de lire une personne que j’ai envie de lire, je n’en suis pas là).

      Il y a fort à parier que ladite caissière avait une pression de résultat sur les épaules ! Ce n’est évidemment la faute d’aucune de vous deux, simplement du grand capital (bâtard).

    1. Il y a un certain nombre d’années, j’ai acheté un stylo type roller qui fonctionnait avec des cartouches d’encre à la manière d’un stylo plume. Je l’adorais et puis il s’est bouché en moins d’un an, je n’ai jamais réussi à le déboucher, j’ai tout essayé. Je pensais jusqu’à aujourd’hui être réfractaire au stylo plume mais je commence à changer mon fusil d’épaule…

  2. La personne qui ne possède aucun abonnement (spotify, deezer, netflix etc) et qui écoute sa musique sur son lecteur mp3 depuis 2004 te laisse un commentaire.

  3. Oui, tu rédiges un blog plein d’esprit, et je lis chacun de tes billets avec plaisir. Mais là, en plus, tu parles du fait de bloguer, et ça touche une corde sensible chez moi aussi.

    Ce que tu écris à propos de la comparaison constante m’a tout de suite fait penser à un des derniers podcasts de Dame Fanny, dans lequel elle parle de la jalousie. Je ne suis pas sûre de détecter de la jalousie dans ce que tu exprimes ici, mais prendre le risque de comparer ce que l’on fait à ce que font les autres peut y mener.

    Quelles sont ces idées que tu trouves trop bien ? Peut-être que certaines indiquent ton nord. En parallèle, Colpizen me parlait ce matin de la métaphore du « puits artésien » (j’ai regardé sur Wikipédia, car j’ignorais de quoi il s’agit) : « plus on laisse jaillir sans complexe les idées souterraines, et plus de nouvelles idées naissent et remontent elles aussi à la surface ».

    Les idées n’appartiennent à personne, elles circulent, elles hybrident ; même si tu adoptes un concept que tu as croisé ailleurs, ça sera toujours avec ta personnalité et ta patte à toi. Quoi que tu expérimentes, cela m’intéresse et je serai là pour te lire.

    1. J’aime beaucoup lire les autres qui écrivent sur leur façon de bloguer, c’est toujours intéressant. En effet, je n’éprouve pas de jalousie ici (j’en éprouve dans d’autres domaines, quoique rarement, donc j’arrive à faire la différence ; je suis plutôt dans le registre de l’envie mais c’est plus ou moins la même chose), les idées des autres me mettent vraiment en joie. Par exemple, j’aime beaucoup le fait que plusieurs blogueur‧ses, dont toi, se soient décidé‧es à produire un fil de notes pour réserver leurs pensées rapides à leur blog et leur lectorat plutôt qu’aux réseaux sociaux. J’y ai réfléchi pour moi-même et puis j’en ai conclu que ça ne me conviendrait pas. J’aime encore un peu mes réseaux (amour/haine, nous sachons) et les gens qui s’y trouvent, et je veux réserver mon blog à la longueur. Mais comme je le dis souvent çà et là, rien n’est immuable et j’aime expérimenter alors va savoir de quoi demain est fait.

      Je pense que mon blog est le reflet d’un problème que j’ai dans ma vie, c’est un truc insoluble qui m’a demandé quelques heures de thérapie sans trouver comment m’en dépatouiller, un truc qui n’a pas vraiment de nom et se trouve être un amas de petites racines : la difficulté à finir ce que je commence, changer d’avis tout le temps, déplacer les meubles (littéralement et philosophiquement) tous les quatre matins, etc. L’impression d’être embarquée sur un radeau perpétuel en plein océan. Quand la terre promise apparaît, elle n’est en fait qu’un mirage (comme Tintin et Capitaine Haddock dans le désert). Ce n’est pas mon blog le problème, c’est un dommage collatéral. Cependant, je lâche un peu plus de lest au fil des années. Pas sûre de devenir immobile un jour mais on verra. Alors oui, j’expérimente, aujourd’hui j’appelle ça comme ça !

  4. J’aime les trucs non catégorisés, j’ai une montre que j’oublie de porter, pas trop d’applis (dingue, je sais), pas de réseaux sociaux, j’utilise plus Google à cause de ses suggestions d’IA de merde.
    Je sens qu’on va bien s’entendre.

    1. J’espère que tu ne seras pas déçue parce que malgré cet article, je suis sans doute fort moins radicale ! Je reste une vendue d’Internet mais eh, qui sait, un jour je lâcherai peut-être tout tant la fatigue numérique se sera accumulée et je finirai par rédiger mon blog à la main dans un carnet.

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