Je ne suis pas accro aux statistiques mais bon, j’aime bien les regarder de temps en temps quand même. Pour situer, quoi. C’est vite aliénant, surtout du côté professionnel de la force. J’ai souvent la rage contre l’algorithme d’Instagram qui considère que mes photos ne sont pas dignes d’être vues. Je suis moins énervée sur le plan perso. Quand je poste un lien vers mon blog dans une story, je regarde toujours combien de personnes ont cliqué dessus, par curiosité. C’est toujours très peu, 5 clics tout au plus les jours de pleine lune pour une story vue 130 fois. Avec un score si faible, je me demande pourquoi je continue de prévenir mes followers de ce réseau que j’ai écrit quelque chose. Quel‧les utilisateurices de Meta sommes-nous ? Il y a celleux qui regardent les stories à toute vitesse sans prendre la peine de vraiment les lire ou les regarder, le pouce a pour objectif de rester moins d’une demi seconde en l’air, il faut qu’il tap tap tap vers la droite. J’ai déjà vu faire des gens dans les transports en commun et j’en connais d’autres qui ne supportent pas de voir des rondelles non consultées en haut de leur feed, je n’invente rien. Rien de personnel dans tout ça, c’est comportemental, moi aussi j’ai mes travers d’utilisation. Il y a également celleux qui ont la flemme de cliquer, iels n’ont pas envie de lire un texte d’une longueur certaine, a fortiori sur smartphone. Je les comprends, nous sommes toustes des victimes de l’immédiateté. Je n’aime pas non plus lire un blog sur smartphone, je n’aime pas lire sur un smartphone tout court, il ne faut pas que ça dépasse 300 caractères. Le problème, c’est que les réseaux sociaux sont supposés être des canaux de distribution. Je peux sortir dehors mais je ne vais quand même pas gueuler dans la rue que j’ai posté un nouveau billet sur mon blog, c’est ridicule. Car… qui s’en fout ? Ça me va hein, je m’en fous qu’on s’en foute. C’est même rassurant dans un sens, je ne souhaite pas intéresser tout le monde, quelle angoisse.
En revanche, l’une de mes dernières stats m’inquiète. J’ai posté une story avec un lien vers ce billet de blog, elle a été vue plus de 120 fois et 31 clics ont été réalisés. Ça n’arrive jamais et j’ai capté un truc, mon texte est la traduction d’un agacement contemporain, j’ai d’ailleurs vu un type citer les mêmes choses dans un reel. C’est juste moi qui me plains de la technologie. Ce qui peut paraître étonnant parce que je vais de l’avant en la matière depuis toujours. Mais là, j’ai atteint un point de rupture. J’aimerais bien comprendre la proportion entre l’algorithme d’Instagram qui met ma story en avant en fonction du nombre de clic (il y a forcément un truc) et l’appât que j’ai placé pour faire cliquer, pas tant clickbait, juste une phrase : « Hier, on m’a encore demandé pourquoi je ne voulais pas enregistrer ma carte bleue sur mon smartphone. » Sommes-nous légion dans cette résistance ? Ou, au contraire, y a-t-il tant de gens que ça qui paient avec leur smartphone ? Qui se demandent qui est cette zinzin complotiste qui ne veut pas rejoindre le mouvement ? Et qui ont donc cliqué sur mon lien ? Je ne le saurai jamais.
J’ai aussi pensé que les gens aimaient bien me voir râler avec quelques commentaires qui ont abondé en ce sens. Serais-je une source de divertissement ? Ça ne serait pas si étonnant puisque c’est l’objectif d’Instagram, faire de nous des clowns, on le devient et on s’attend à voir les autres se prendre au jeu. La vérité est que c’est venu chatouiller mes insécurités. C’est l’instant Calimero (je clownise encore) mais, voyez-vous, je n’ai jamais été prise au sérieux. Parfois Cassandre. J’ai passé toute mon enfance, mon adolescence et ma vingtaine à essuyer les moqueries, les coups et les injonctions à me taire dès que je poussais une gueulante, que je parlais un peu fort, que j’avais des revendications, en somme. Ce n’était pas fait pour désamorcer mon humeur véhémente, pour ça on discute, on essaie de comprendre, on écoute. Non, le but était de me faire tenir tranquille (les coups et les injonctions) ou alors de divertir (les moqueries). Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu autre chose que l’amusement, l’irritation ou l’ennui dans les yeux de mes interlocuteurices, d’autant plus chez les adultes que je vois encore se marrer. Me voici perplexe aujourd’hui. Je n’attends pas d’être rassurée (qui a ce pouvoir magique ?) mais je me questionne : si je vous fais rire, bien souvent ce n’est pas exprès (j’exclus dans ma réflexion mes amitiés sincères avec lesquelles la plaisanterie ou le bon mot sont de mise), qu’ai-je bien pu intégrer ? Suis-je un bouffon malgré moi ?
Je n’ai pas envie d’être cette personne mais eh, nous voulons toustes être quelqu’un d’autre, être rousses quand nous sommes brunes et inversement, nous souhaitons transparaître voire transfigurer. Ça, oui, j’aimerais bien moi, transfigurer. Une bien belle métamorphose, une enveloppe corporelle et un set d’organes qui en jettent, que ça crépite en restant canalisée, ne pas être juste une slavic resting face comique mais une slavic resting face qui envoûte. Ça, ce serait la classe.
Photo d’illustration issue de la série The Last of the Teddy Girls de Ken Russell (années 1950)




Très hâte que quelqu’un trouve la réponse ou la recette à cette question.
Pour la question de payer avec son smartphone, le papa de mon fils fait ça.
Le reste de mon coin rural breton le regarde avec des yeux ronds à chaque fois, c’est bien la seule personne que je connais et vois faire ça. Peut-être qu’à Paris ou dans les grandes villes ça se fait plus ? J’suis pas sûre remarque.