Des films jamais vus enfin vus et puis en fait non
Un de ces soirs, j’ai regardé Thelma & Louise de Ridley Scott (1991) parce que je ne l’avais jamais vu. Bien sûr, ce n’est pas la seule raison qui me fait regarder un film, d’autant plus ici alors que je connaissais l’histoire et la fin. J’ai passé la première (humour, hein) pour Susan Sarandon et Geena Davis, pour le roadtrip sororal et même pour la Ford Thunderbird verte. J’ai toujours été embêtée par le fait qu’un tel film soit réalisé par un homme et je le suis encore plus maintenant que je l’ai vu parce que c’est un des films les plus féministes que j’aie jamais vus. Douze ans plus tôt, Ridley Scott réalisait Alien qui est un film pionnier en matière d’héroïne badass (Sigourney Weaver, ma reine) dans le genre science-fiction (même si elle porte un micro-slip). Rebelote en 1997 avec Demi Moore dans À armes égales mais pour celui-ci je ne fais que supposer, je ne l’ai jamais regardé (il a permis à beaucoup de femmes de se raser le crâne). Sauf erreur de ma part, ce sont toutefois les seuls films avec des femmes capables sur l’immensité de la réalisation de Ridley Scott (de 1977 à aujourd’hui) et je me demande : qu’est-ce que ça cache ? Est-il de bonne foi ?
J’ai donc trouvé Thelma & Louise plus féministe que ce que j’imaginais. J’ai été étonnée de constater que chaque personnage masculin est, au choix, stupide, lâche ou dangereux. Souvent, on leur trouve des circonstances atténuantes ou on leur conserve un semblant de dignité. Ici, on les humilie. Et c’est bien fait pour leur gueule, c’est là le moindre châtiment qu’ils méritent, sinon la mort pour l’un d’eux. Tous sont d’affreux guignols au sens presque commedia dell’arte du terme, à ceci près qu’on ne rit pas. Thelma et Louise, elles, circulent parmi ce troupeau d’incapables nocifs, telles les survivantes d’une apocalypse zombie. Même le flic (Harvey Keitel) est un bon à rien, sa compassion et son intelligence n’arrivent que trop tard. Tu m’étonnes que seule la mort soit libératrice.
Je réfléchissais à un autre classique, Le cercle des poètes disparus de Peter Weir (1989). Je ne l’ai jamais vu, je suis toujours passée à côté et je ne suis pas sûre de vouloir rattraper mon retard, quoi que cela veuille dire. Un film réalisé par un homme et dont le casting est entièrement masculin ne me donne pas envie en big 2026. Entendons-nous, je visionne volontiers un film d’action avec Gerard Butler munie d’un énorme seau à pop corn, il peut n’y avoir aucune femme ou bien une seule comme faire-valoir, je m’en fous parce que je ne suis pas là pour réfléchir, pour grandir, pour nourrir mon esprit. C’est du divertissement, je ne prends pas ça au sérieux. Je crois que Le cercle des poètes disparus a plus de choses à dire qu’un film d’action vite consommé et c’est justement pour ça qu’un casting masculin m’emmerde ici profondément. De jeunes hommes sont invités à bousculer l’ordre établi : n’est-ce pas ce qui se passe déjà dans la vie de tous les jours depuis des siècles et des siècles ? Quel ennui.
YouTube me fait penser
Dans leur immense majorité, je trouve les reels d’Instagram (et donc TikTok et les shorts de YouTube) abrutissants. Même si des gens ont des choses intéressantes à partager, c’est vite oublié et c’est dommage, je suis certaine que des propos méritent d’être développés. D’où l’importance des blogs mais aussi des longues vidéos sur YouTube. J’en ai regardé deux coup sur coup qui m’ont donné du grain à moudre.
Margorito parle de littérature avec un angle politique et sociologique. Sa dernière née (voir ci-après) a retenu mon attention plus que jamais parce que j’avais une opinion déjà faite sur la dark romance. Je n’ai jamais lu aucun bouquin de ce genre-là, j’étais juste réactionnaire, en fait. Heureusement, je sais me remettre en question et c’est ici que Margorito est intervenue. J’ai switché complet. Il est expliqué dans la vidéo que la romance, celle qui n’est pas dark, quand elle est un genre privilégié par des lectrices, révèle les carences affectives que ces dernières peuvent subir dans une relation ou l’absence de relation hétérosexuelle. Ce genre est une réponse à un besoin et, au lieu de se moquer, peut-être faut-il davantage s’interroger sur son comportement. C’est le même mécanisme pour la dark romance. Elle met en scène des relations toxiques, de la violence et tutti quanti et voit souvent des résolutions heureuses. C’est un peu comme les jeux vidéo : non, ça ne laisse pas infuser le pire de nous-mêmes dans nos petits cerveaux malades, c’est au contraire cathartique. On a besoin de voir la violence pour mieux y faire face. Par ailleurs, Taous Merakchi apparaît quelques secondes dans la vidéo pour évoquer un sujet qui tend aussi du monde : la représentation de la violence dans les œuvres de fiction en général. Elle ne doit pas être systématiquement blâmée parce que certain‧es ont besoin de la voir pour mieux l’appréhender. J’imagine que c’est à ça que sont censés servir les TW (trigger warning) même si je reste persuadée qu’ils ne sont d’aucune utilité si leur but est d’éviter d’être traumatisé‧e une nouvelle fois.
Bon, à vrai dire, je n’allais pas aussi loin dans ma réflexion contre la dark romance. Je trouvais juste bizarre de trouver du plaisir à lire des romans dans lesquels les hommes sont des baltringues envers les femmes et je me disais que ce n’était peut-être pas safe pour les jeunes filles. Il semble donc que ce soit tout le contraire. Mais l’idée n’est pas non plus à défendre à tout prix car, une fois encore, c’est la nuance qui doit vaincre.
Dans un autre domaine qui se rapproche du mien, le photographe et vidéaste Nicolas Doretti nous offre un nouveau documentaire court sur l’essence même de la photographie. Le mec m’a eue, je le dis tout net, aussi je ne résumerai pas cette vidéo qui est, je dirais, une iconoclaste.
Les photos peuvent ramener une présence sans corps, elle ne fait pas que conserver, elle convoque.




J’ai vu Le cercle des poètes disparus dans les années 90, j’avais donc dans les 14 ou 15 ans et aucune notion de féminisme bien entendu. Ce film m’avait balayée. Je l’ai revu bien plus tard, avec quelques notions de féminisme derrière moi mais toujours pas d’éveil pertinent sur la question « que des mecs dans ce film » ; il m’a balayée tout autant. Je ne l’ai pas revu depuis (ça y est, j’ai un vrai bagage féministe), je ne sais donc pas ce que j’en pense actuellement sur ce point précis. Je sais seulement que j’aime profondément Robin Williams (ce regard triste, quel que soit le film…), et que les acteurs dans ce film sont impressionnants. Je le pense toujours très important pour la construction interne des jeunes, quel que soit le genre. Il m’a apporté énormément à un âge où je ne savais pas comment tenir tête à ma mère, m’affirmer, exister. Il a je crois, une véritable importance.
Merci pour la vidéo de Margorito, je suis pourtant sa chaîne mais je ne l’ai toujours pas regardée ^^’ (par contre je découvre Nico DT, merci)
Je pense que si j’avais vu ce film plus jeune, j’aurais forcément eu un avis tout autre. S’il m’avait plu je serais passée outre tout le reste, c’est garanti (je le fais bien pour d’autres films). Je trouve souvent intéressant de revoir ou relire certaines œuvres au fil de notre cheminement. Par exemple, moi c’est le roman Dracula de Bram Stoker. Je l’ai lu pour la première fois à l’âge de 13 ans et il m’a mis une claque. Je l’ai relu plusieurs fois, la dernière remonte à 2018, et je l’ai perçu tout autrement avec des bonnes et des mauvaises choses mais sans jamais me départir d’une mise en perspective. Malgré tout ça, il peut y avoir des éléments qui pêchent pour des œuvres encore jamais rencontrées. Après il ne faut jamais dire jamais, je regarderai peut-être Le Cercle des poètes disparus un jour, qui sait. Et je te rejoins sur Robin Williams, c’était un excellent acteur et c’est lui qui ferait pencher la balance du côté du pour.
Je ne me souviens pas suffisamment des détails du Cercle des Poètes disparus, je ne sais pas à quel point il tient la route sous un regard féministe. J’avoue qu’il m’arrive de regarder ce genre de films en faisant taire mon cerveau, ça reste une histoire qui se tient dans une école de garçons hyper privilégiés. Mais il fait partie de ces films à l’ambiance particulière à laquelle je ne résiste pas.
Si tu veux regarder le pendant féminin de ce film, il y a le moins connu Mona Lisa Smile avec Julia Roberts, Kirsten Dunst, Julia Stiles et Maggie Gyllenhaal (rien que ça).
Je me souviens bien de Mona Lisa Smile, je l’ai vu il y a longtemps mais je l’avais adoré. Je vais peut-être me le refaire bientôt, tiens.
(oups j’ai validé avant de finir mon commentaire)
Pour la dark romance, je pense que le gros problème n’est pas le genre en lui même (chacun lit bien ce qu’il veut) mais la manière dont il est marketé. Ce sont des livres pour adultes, mais une grosse partie du lectorat est composé d’adolescentes, voire de jeunes filles (!!!). Les conséquences de la normalisation des relations qui sont décrites dans ces livres me fait froid dans le dos. Quand je vois à quel point j’étais influencée par ce que je lisais à cet âge, je me demande l’impact que ça aurait eu sur moi si le genre avait été aussi accessible à l’époque.