Feeling mostly : anger

Si je cumule la totalité des mots écrits au fil de ma vie, où que ce soit, sur l’un de mes nombreux blogs, sur des pages et des pages .doc ou même sur des feuilles volantes, si je prends en compte le fait que j’ai commencé cette habitude pas vraiment habituelle depuis mes 13 ou 14 ans au lieu de faire mes devoirs en salle de perm, alors j’ai écrit vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de conneries. Certaines choses avaient du sens à un instant précis, une fois relues, plus ou moins longtemps après, elles étaient complètement stupides. C’est un peu le problème que j’ai avec mon écriture, je n’arrive pas à gérer l’après. Les choses doivent sortir de ma tête et l’écriture est la meilleure activité pour ça, pour moi. J’ai bien plus de mal à mettre en image. Alors que je suis photographe, c’est mon métier de faire des images, mais le mécanisme n’a rien à voir. J’ai deux personnalités, l’écriture et la photographie. Ces deux pratiques veulent plus ou moins dire la même chose sur l’aspect grec de la forme mais non, je suis navrée, mon cerveau les interprète différemment. Tout vient à moi mais en pas pareil. Je me suis inscrite sur 750words.org et l’idée de ce truc est d’écrire 750 mots chaque jour, peu importe ce qu’ils veulent dire, peu importe la destinée du texte et alors que j’y rédige mes toutes premières lignes, je constate que je suis dans l’incapacité totale de lâcher prise. Je vérifie mes phrases, je les efface et les recommence, je remplace des mots par des synonymes, tout simplement parce que je ne supporte pas que ça ne veuille rien dire à l’instant T. Mais si je me relis dans une semaine ou dans un mois, ah ça vous verrez, je ne comprendrai peut-être plus ce qui m’est passé par la tête. Il fallait que ça sorte, voilà tout. Bien des choses écrites peuvent être reprochées après coup, pas seulement par leur autrice en proie au désœuvrement face à sa logorrhée (je ne sais jamais où foutre le H, putain), mais par celleux qui se sentent visé‧es par les mots foutus là, j’en ai déjà fait les frais. L’avantage étant que je m’en fous désormais. Je dis ce que je veux, j’écris ce que je veux, personne n’a l’ascendant sur moi et comme je ne sais pas mentir, tout ce que je dis est vrai, sauf quand il s’agit de fiction mais j’ai du mal à montrer ma fiction. Je mets juste les formes pour leur donner du style. Alors oui, c’est vrai, parfois c’est violent, d’autres fois c’est gênant, carrément cringe même, eh bien allez-y, mettez-moi en prison pour délit de cringeness (j’ai vérifié, le mot existe). Il faut que ça sorte de ma tête, voilà tout. Écrire c’est parfois mieux qu’une séance de psy et ça évite de se faire traiter de bavarde parce qu’on décharge sur une feuille blanche, numérique pour moi, merci, et une fois que c’est fait, on n’est plus obligée de saturer les oreilles des autres avec un flot de paroles, bien que ce soit quelque chose que je ne fais plus depuis longtemps, fort longtemps, tant j’ai appris à me maîtriser pour cesser de décevoir. J’ai tant déçu, j’ai tant laissé incompris, j’ai tant cherché à comprendre pourquoi je provoquais tant d’incompréhensions et la réponse était peut-être sous nos yeux depuis le début : je ne suis pas comme vous. Considérons ceci comme nous le voulons, suis-je censée en avoir quelque chose à foutre ? J’en doute. J’en doute et je ne sais pas vraiment. J’ai trop cherché, je n’ai jamais trouvé, j’ai creusé, épousseté, écarté les épaisseurs, taillé dans le gras, jeté mes yeux, réfléchi plus, réfléchi moins, je n’ai jamais trouvé. Je me suis décelé toutes les maladies, toutes les pathologies, j’ai tiré des conclusions avec ou sans aide, ça dépend, et dans tous les cas rien ne changera jamais parce qu’on ne change pas une personne comme ça. Nous sommes tels que nous sommes et nous sommes parfois incompatibles avec les uns ou les autres, avec telle ou telle chose, il faut l’accepter même si ça prend du temps. Le temps est ce qu’il me manque, il m’en faudrait deux fois plus pour comprendre, faire tout ce que j’ai à faire, pour tout écrire et pour réfléchir parce que c’est ça qui prend le plus de temps, c’est de réfléchir. Et de décider. Réfléchir de décider et décider de réfléchir. C’est si long, bordel, quand d’autres claquent des doigts, nous autres on n’est pas sûres, on ne sait pas, on a besoin de réfléchir. Et réfléchir c’est aussi écrire. Il faut juste que ça sorte de ma tête.

Photo : Berlin, 2026

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