Madonna est une méduse

La plage des connaisseuses

Cette semaine, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée à la plage. Ça vous semble antinomique ? Eh bien ça ne l’est pas tant. Je suis allée sur ma plage préférée en milieu de semaine pour chercher (et trouver) de la matière pour ma photographie. Ça me demande toujours un effort particulier de m’y rendre seule après 40 minutes de route donc je ne le fais pas suffisamment. Alors que j’adore être seule et j’adore conduire, il n’y a aucune raison valable pour que mon anxiété se réveille mais elle se réveille. Pendant tout le trajet, j’ai pensé au fait que je pouvais avoir un accident. Je n’ai jamais eu d’accident depuis que j’ai mon permis et ça n’a pas commencé ce jour-là. Une fois sur place, l’anxiété s’est évaporée et j’ai fait ce que j’avais à faire pendant deux heures sans voir le temps s’écouler.

C’était mercredi et les collégien‧nes du village se sont retrouvé‧es là pour passer l’après-midi, comme ça arrive souvent. J’ai regardé une demi-douzaine de gamines se jeter à l’eau en criant — elle n’est qu’à 16 degrés ces temps-ci. Un daron encapuchonné dans son coupe-vent gardait un œil sur le groupe — la plage n’est pas encore surveillée à cette saison. Une adolescente observait ses copines depuis la plage, le regard un peu triste. Elle ne portait qu’un sweat par-dessus son maillot de bain et j’ai regardé ses jambes : un gros pansement lui barrait le genou, elle n’avait probablement pas l’autorisation de se baigner.

J’ai longé la plage jusqu’au bout, là où il n’y a plus personne. J’ai vu des méduses échouées tous les cent mètres et les ai photographiées. J’ai pensé que les promeneurs qui me voyaient faire me prendraient pour une océanographe (en plus je portais mes chaussures de randonnée). À mi-chemin, j’ai vu une vingtaine de planches de surf alignées face à l’océan. Elles attendaient les mômes de l’école à l’entrée de la plage. Iels sont arrivé‧es peu après : 20 enfants dont ¼ de filles seulement.

J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai bien tout regardé et j’ai bien tout inspiré. Quand je suis repartie, les surfeurs adultes commençaient à se garer et l’anxiété m’avait quittée. J’ai conduit le trajet du retour en chantant et je me suis dit que la période avant le débarquement des touristes était calme et précieuse.

Les nouvelles confessions

J’aime bien Madonna mais seulement depuis 1998 quand elle a sorti Ray of Light. Avant j’étais concentrée sur Mylène Farmer et après je n’ai apprécié qu’American Life (2003) et Confessions on a Dance Floor (2005). Si Madonna me laisse sur le bord de la route avec la plupart de ses œuvres musicales, j’aime quand même la personnalité artistique. Je suis fascinée par son changement de persona à chaque album, David Bowie faisait pareil. Mais ces dernières années, la transformation physique de Madonna m’a déroutée. Le recours aussi marqué à la chirurgie esthétique me met le cul entre deux chaises. D’un côté, je suis bien contente que les femmes fassent ce qu’elles veulent de leur corps mais d’un autre, on ne me fera pas croire que ce n’est pas une tentative désespérée de se conformer à des idéaux de beauté inatteignables. Alors j’ai réfléchi, je me suis demandé ce que Madonna essayait de nous faire comprendre depuis ses (presque) 68 ans. Qu’elle est au-dessus de la mêlée ? Qu’elle n’a pas à souffrir de son âge ? Qu’elle a toujours des idées ? Qu’elle est belle ? Capable ? Mais en quoi l’excès de botox est-il une réponse justifiée ?

J’ai regardé son dernier clip, le court-métrage Confessions II (voir ci-dessous) qui annonce un nouvel album. La chanson me laisse de marbre mais le travail visuel est dingue. À l’instar de Paul McCartney qui avait réuni ses potes pour Queenie Eye (ne soyez pas rebuté‧e par la première apparition, ça date de 2013), Madonna s’est offert un casting de premier choix, bien que je n’en connaisse que la moitié. Elle et Paul McCartney ont Kate Moss en commun, c’est dire l’importance de cette dernière dans la pop culture. J’adore les caméos, ça me passionne, ce sont les Easter eggs de la culture.
L’ambiance générale est hypersexualisée, un trope chez les popstars que je n’aime pas mais qui prend une tournure particulière ici, Madonna étant une habituée de la provocation, c’est d’autant plus fou de voir des vagins cracher des rayons lasers quand on est sexagénaire. Alors je me suis demandé si le visage devenu si lisse et gonflé de Madonna n’était pas en fait une partie de son personnage, du concept Madonna. Elle a mis son corps au service de sa cause artistique, l’humaine passe en dernier. Madonna est devenue artiste plasticienne. Sa page Wikipédia indique qu’elle lutte contre l’âgisme et la met en concurrence avec des célébrités plus jeunes mais je trouve ça réducteur. Dans le court-métrage, on aperçoit Julia Garner en volte-face, comme une vision antérieure de Madonna. Juste après, Sabrina Carpenter apparaît telle une digne successeuse.

Bon, je suis peut-être aussi naïve. Peut-être que Madonna est juste terrifiée à l’idée de vieillir et nous savons à qui nous devons cette invraisemblable culture de la transformation cireuse.

Photo d’illustration personnelle, un JPEG directement sorti du boîtier.

1 réflexion sur “Madonna est une méduse”

  1. Alors moi en plus la chanson me donne envie de remuer mon popotin en boîte comme dans mes vertes années, et ça c’est une chouette sensation !!! Mais oui, c’est cool d’avoir un clip avec une vraie intention et direction artistique. 🙂 Maman* est de retour !!!

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