Bon Jovi, le sang

Je me suis dit que j’allais rédiger un billet que personne n’allait lire et c’est un peu ce qui fait la magie du blog ressuscité après l’avènement des réseaux sociaux, du micro-blogging et de la guerre de l’attention, on s’époumone dans le vent d’Internet. C’est très bien, c’est un exercice de style et j’ai toujours aimé le saxophone.

Voyez-vous, un jour j’ai eu 14 ans et c’était en l’an 2000. Incroyable changement de millénaire (même si c’était en fait en 2001 mais laissons le peuple réinventer le monde) qui m’a fait faire des cauchemars. Avant le passage, j’avais rêvé que j’allais mourir le 31 décembre en surveillant la pendule de la cuisine avec l’indispensable goutte de sueur sur la tempe. Finalement j’ai survécu, contrairement à Alain Gillot-Pétré, disparu le 31 décembre 1999. Mes 14 ans furent une période agitée où j’ai réalisé la mort, la vraie, ainsi que la contre-culture goth. Pour autant j’écoutais peu de musique en rapport. J’écoutais beaucoup la radio, essentiellement orientée rock car telle était ma religion, avec un aparté Britney Spears et gangsta rap quand même, faut pas déconner.

Cette même année est sorti It’s My Life de Bon Jovi, énorme tube que, parmi d’autres, je m’injectais en intraveineuse. Il me semblait bien alors avoir déjà entendu ce nom… un jour, quelque part. Ah oui, ça y est. Mon oncle, qui n’était qu’un adolescent quand je suis venue au monde, me piratait parfois des supports musicaux. Des cassettes d’abord, des CD gravés ensuite. Quelques années plus tôt, il m’avait fait découvrir Always, très gros banger de 1994 au triple nappage de sucre toujours inégalé dans le milieu de la ballade rockmantique — j’ose le jeu de mots éclaté. J’adorais ce son mais ne l’écoutais jamais car je ne le possédais pas physiquement, je ne savais pas comment le trouver, je n’avais pas encore Internet et j’habitais dans la Sarthe. La chanson planait dans mon esprit telle une réminiscence. Quand It’s My Life est sorti et que ma passion totale pour Bon Jovi a débuté, mon oncle m’a gravé Always sur un CD juste après The Riddle de DJ D’Agostino : je détenais alors un objet d’une valeur inestimable. Le rabbit hole était grand ouvert et j’ai plongé la tête la première, j’ai consacré quelques années à la recherche d’albums et j’ai conquis ! C’était long et pénible mais je n’ai que de bons souvenirs de cette archéologie qui ne peut plus exister de nos jours.

It’s My Life est le morceau qui ouvre Crush, album sorti en 2000, cinq ans après These Days qui était une ode à la musique des 1990’s. C’est d’ailleurs mon disque préféré du groupe et ce même s’il est resté coincé dans mon autoradio pendant des années.  Crush arrive juste derrière mais il a une place particulière dans mon cœur. C’est le son de mon adolescence déprimée alors même que c’est un album très joyeux. Il est festif, blindé de références pop culture, c’est du rock US des années 2000 qui sent bon la rentrée des classes, les cahiers neufs, le nouveau départ dans un lycée où je ne connais personne, les trajets en bus trop matinaux sous la pluie, il me donne envie d’apprendre à jouer de la guitare et à comprendre ce qui se fait de mieux dans le domaine. C’est mon bol de Chocapic devant les clips de M6 le matin avant l’école, j’espère voir celui de It’s My Life qui se fait rare mais il est diffusé parfois, alors j’arrête tout et je monte le son, je n’en perds pas une miette. J’ai écouté Crush beaucoup et longtemps, je connais toutes les paroles de toutes les chansons, je connais toutes les variations et tous les solos de Richie Sambora.

Si vous avez plus de 30 ans vous connaissez forcément It’s My Life (ainsi que Livin’ On A Prayer, surtout si vous aimez le challenge au karaoké, et It’s My Life est sa suite directe grâce à Tommy et Gina) alors je vous dirais bien d’aller écouter Crush et de me faire part du fond de votre pensée. Bon Jovi reste un groupe qu’on pourrait qualifier de commercial, ce qui veut à la fois tout et ne rien dire. Les concernant c’est factuel car ils ont une rentabilité exceptionnelle pour un groupe de ce type. Ils n’ont peut-être pas révolutionné leur genre mais leur musique a eu le mérite de s’insérer parfaitement dans toutes les époques qu’elle a visitées — Bon Jovi a commencé en 1984 et est toujours en activité, ce qui montre que le groupe comprend ce qui se passe.

J’ai vu Bon Jovi en concert une seule fois, le 16 juin 2010, et c’était le plus beau jour de ma vie. Aller-retour La Roche-sur-Yon/Paris dans la soirée et, le lendemain, je mettais des bulletins scolaires sous pli, des étoiles plein la tête, avec le manque de sommeil que seule la jeunesse peut endurer tout en me demandant si les lycéens que je côtoyais au quotidien vivaient les mêmes choses que moi au même âge.

Les tenues so Y2K des figurant‧es du clip ci-dessus, ça me bute.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut