Photos ?
Je ne partage pas beaucoup de mes photos ici alors que je suis photographe. Pourtant, je devrais le faire et ne pas me cantonner à mon site pro (sur lequel je poste peu, c’est surtout ma vitrine) ni à Instagram qui me frustre (je dis toujours ça et j’y suis encore). Les algorithmes me laissent imaginer que mes photos sont nulles parce qu’il suffit que mes followers n’interagissent pas avec elles (quelle tyrannie) pour les empêcher de se diffuser. Instagram, c’est la meuf populaire du collège qui scannait ta tenue quand tu passais le portail le matin et qui avait droit de vie et de mort sur ta vie sociale. Je vais donc poster plus d’images ici, peut-être leur réserver un post hebdomadaire, et peut-être aussi que ça me rendra plus loquace à leur sujet car j’ai souvent la flemme de développer (lol, j’adore l’humour).
Les ami‧es
J’ai un groupe d’ami‧es que je vois au moins une fois par mois. Nous mangeons, fêtons nos anniversaires, rigolons, refaisons le monde, échangeons nos obsessions culturelles, etc. Ce dimanche, nous fêtions un énième anniversaire, celui du plus âgé du groupe (le seul né sous Giscard) qui nous a dit que nous étions sa famille choisie. Comme moi, il a eu des problèmes significatifs avec ses parents et sa sororie alors, comme moi, il a sélectionné son entourage avec soin. Je me suis rendu compte de ça lorsque j’ai fêté mon quarantième anniversaire fin mai, j’ai regardé chaque personne que j’avais invitée et j’ai réalisé que j’avais choisi soigneusement chacune d’elle. J’ai passé ma trentaine à ajuster mes relations, j’ai même viré des gens sans sommation (ni regret) et je peux désormais compter sur un éventail fine art de personnes de qualité. Ça a tout changé dans ma vie, c’est un apaisement ultime.
Je ne suis toujours pas cinéphile
L'Odyssée
Ce paragraphe contient quelques spoilers si, comme moi, vous ne connaissez pas ou peu l’œuvre d’Homère.
Je ne suis pas fortiche en mythologie grecque et bien que j’aie essayé de rattraper mes lacunes pendant mes études d’histoire de l’art en apprenant par cœur la généalogie des dieux, les bases sont fragiles. Chacun de mes cours était divisé selon les périodes, de la Préhistoire à notre époque contemporaine, mais je n’ai jamais eu de cours de latin ni de grec ancien, ce que j’ai trouvé dommage. Je suis sans cesse en train de demander qui a écrit L’Iliade et L’Odyssée parce que je n’imprime pas l’information et ce n’est même pas par manque d’intérêt. Enfin, peut-être un peu. La semaine dernière, j’ai ouvert une édition de 1995 avec une traduction de 1911 et je l’ai refermée aussi sec. Ces chants doivent probablement nous être racontés, le lore est génial mais le lire est barbant. Ce que j’avais retenu d’Ulysse ? La belle statue posée dans la baie des Sables-d’Olonne, Nono le petit robot, un cyclope, une histoire de sirènes, l’ouvrage de Pénélope et c’est tout. Hypée comme jamais je fus d’aller voir le film de Christopher Nolan car j’aime tous ses films ainsi que son traitement de l’image et ses positions sur la pellicule, et, d’autre part, c’était l’occasion de me mettre à jour mythologiquement parlant. Vingt balles, une heure de route et cent-soixante-treize minutes d’IMAX plus tard, j’avais des impatiences dans les jambes même si les fauteuils de la salle étaient inclinables et j’avais moi aussi envie de distribuer des taloches aux prétendants de Pénélope. Je n’aurais pas imaginé un film moins long et peut-être que le volume sonore était un peu élevé, ça m’a rappelé Dunkerque qui m’avait vrillé le crâne. Mais faut-il moins pour vivre une errance maritime de vingt ans ? J’ai donc adoré. J’ai adoré le choix des effets spéciaux, rien (ou si peu, je ne sais pas) de numérique, que de la suggestion et de l’entourloupe. Le modelage des porcs par Circé, c’est de l’art. J’ai aussi beaucoup aimé toute la construction navale, les bateaux sont à la fois fous et simples, et chaque scène de navigation est intense. J’ai aimé l’impulsivité de Pénélope et, à l’inverse, Ulysse a l’air d’un vieux sage même s’il ne faut pas trop le chauffer. J’ai aimé l’épisode des sirènes, on les voit de loin, dans le brouillard, et leur chant est subtilement suggéré, il y avait beaucoup de poésie. La rencontre avec les morts est redoutable et ma comparaison prêtera à sourire mais elle m’a rappelé la rencontre entre les morts et Astérix, dans les 12 travaux d’icelui, qui me glaçait d’effroi quand j’étais môme, ici j’ai l’impression d’avoir vu la version adulte. Et puis Agamemnon a un de ces flow… Bref, comme je vous le disais j’ai adoré, d’autant plus que c’est un film sans magie lumineuse, il est plutôt crade et on subit, y compris le questionnement perpétuel sur l’avenir d’une civilisation en train de se casser la gueule.
J’ai aussi envie de corréler une critique que j’ai vue plusieurs fois et une conversation que j’ai eue avec un ami ces jours-ci. Mon pote se demandait si le cinéma d’aujourd’hui était voué à faire réfléchir sans dire les choses de manière explicite. La critique que j’ai vue et lue porte sur la scène avec Circé. Elle se défend avant même d’avoir été attaquée quand les hommes d’Ulysse arrivent chez elle. Quand Ulysse vient à leur secours, il questionne Circé et elle lui dit que, de toute façon, les hommes auraient mal agi, elle a juste anticipé (d’où la transformation des hommes en porcs). Moi, je crois qu’elle a bien fait. Le reste de la scène se passe en mode négociation sans que rien d’horrible n’arrive à Circé, d’autant que l’implicite ici nous laisse entendre ce qu’elle a subi par le passé et il nous est aussi expliqué à d’autres moments dans le film qu’Ulysse et ses hommes sont des pilleurs et des violeurs. Et je ne comprends pas où est le problème pour les critiques. Je suis ravie d’avoir vu une scène sans violence sexuelle, une réécriture peut-être mais n’est-ce pas ce qu’on demande, à la longue ? Il me semblait qu’on n’en pouvait plus de voir des viols gratuits à l’écran. Je trouve donc le choix judicieux.
Et puis la musique m’obsède.
À pied d'œuvre
Dans un tout autre registre, j’ai regardé À pied d’œuvre de Valérie Donzelli (2025), adapté du roman éponyme et autobiographique de Franck Courtès publié en 2023. J’aurais sûrement dû lire le bouquin parce que tout m’a gênée dans ce film. Je ne crois pas que Valérie Donzelli et Bastien Bouillon, nepo babies de leur état, étaient légitimes pour s’occuper de ça. Ce n’est pas une histoire de talent et il n’est même pas question de savoir si le film est bien ou non, c’est juste un positionnement social. Bastien Bouillon m’a donné l’impression d’un acteur qui joue à être pauvre et que Valérie Donzeli était toute excitée par cette idée. Et ça me choque. Franck Courtès raconte dans son roman qu’il a abandonné sa carrière de photographe portraitiste dans le milieu artistique, où il était très bien payé, pour se consacrer à l’écriture. Au fil du temps, il n’a plus gagné sa vie, ses économies ont fondu comme neige au soleil alors il a enchaîné les petits boulots d’homme à tout faire pour s’en sortir (tout en restant écrivain). Il écrit, il est publié et il vend des livres mais il n’a un succès que discret et nous savons très bien que l’écriture fait beaucoup d’appelé‧es mais peu d’élu‧es. Dans le film de Donzelli, et j’imagine que ça ne sort pas de nulle part mais du roman lui-même, l’écrivain-homme à tout faire explique que son mode de vie est critique mais lui confère une grande liberté. Il obtient des petits contrats de bricolage très mal rémunérés via une appli ubérisée, ce qui lui permet d’aménager son temps. Je ne le blâmerai pas. Mais il aurait mieux fallu qu’il soit joué par un mec de la street, un mec dirigé par une meuf de la street. Des gens qui n’ont jamais connu la misère ? Non merci.
Apollo 13
Je me suis refait Apollo 13 de Ron Howard (1995), un genre de film doudou que je peux revoir de temps en temps sans me lasser. Je l’ai vu pour la première fois en classe de seconde. En classe, littéralement, parce que mon prof de physique-chimie en avait fait un support de cours pour illustrer une partie du programme de physique. C’était un jeune prof, stagiaire ou fraîchement titularisé, il était petit avec des lunettes, il avait vraiment une gueule de physicien et un nom très répandu, peut-être Durand ou quelque chose du genre. Il nous donnait aussi des fraises Tagada pour nous motiver à trouver la bonne réponse lorsqu’il nous interrogeait sur le contenu du cours précédent. Je n’ai jamais été autant intéressée par la discipline qu’avec ce prof. J’étais nulle, entendons-nous, mais je trouvais ça intéressant (c’est peu ou prou le résumé de toute ma scolarité). Bref, Apollo 13 est l’histoire vraie de ces trois astronautes américains qui sont partis en mission lune en 1970 mais ont dû renoncer à la destination lorsqu’un truc a pété dans la fusée tandis qu’ils étaient en route. Il a fallu leur faire faire demi-tour et ça a été coton. Le casting est fou : Tom Hanks, Kevin Bacon, Bill Paxton, Gary Sinise et Ed Harris. Non, aucune femme, non, aucune personne racisée, c’est white men à tous les étages. Je ne suis pas toujours regardante en matière de cinéma, ça me permet de faire des pauses dans mon militantisme, sinon j’explose comme la fusée.
Photo d’illustration : Ulysse écoute le chant des sirènes depuis la baie des Sables-d’Olonne



