Je suis vaste, je contiens des multitudes

Jason Isaacs et Gillian Anderson, exténués.

À cause des canicules successives (et des gouvernements qui ne veulent pas y remédier — eat the rich), je n’ai pas beaucoup travaillé entre un extérieur à 40°C et un intérieur monté jusqu’à 32°C. Je suis à mon compte, je fais ce que je veux même si pendant ce temps-là, mon compte en banque tire la langue autant que moi. J’ai à peine eu la force de lire et je suis actuellement dans Ce que nous avons perdu dans le feu de Mariana Enriquez. C’est un recueil de nouvelles et ça me va très bien, j’adore ce format et j’en lis une de temps en temps. En revanche, j’ai regardé beaucoup de films et de séries et certains méritent que j’en parle.

The Salt Path

Adapté de l’autobiographie de Raynor Winn, ce film britannique réalisé par Marianne Elliott (2024) raconte l’histoire de Raynor (jouée par Gillian Anderson) et Moth Winn (Jason Isaacs), un couple de quinquagénaires qui se retrouvent sur les chemins de randonnée, le South West Coast Path précisément (1014 km), après que leur maison ait été saisie par les huissiers. Moth est atteint d’une maladie dégénérative et rencontre quelques difficultés pour marcher. J’ai bien aimé cette sorte de parcours initiatique, entre autres parce qu’il n’est pas pathétique (Hollywood aurait été tenté). Raynor et Moth perdent leur maison au début de l’été, leurs enfants sont adultes et ailleurs, et iels n’ont pas de solution de repli. La randonnée et le bivouac sont une alternative temporaire. Raynor est marquée par l’inquiétude, Moth semble plus optimiste et une chose m’a frappée. Leur périple les fait passer de village en zone naturelle, iels rencontrent des gens, d’autres randonneur‧ses, iels ont une amie qui leur vient en aide pendant un temps mais au bout du compte, iels sont toujours seul‧es. Iels évoluent dans leur pays et sa société en parallèle des autres, tout le monde marche sur le même chemin sans jamais se croiser. L’entraide existe mais elle est toujours fugace, d’autant plus que Raynor et Moth se font petit‧es sans même le faire exprès. Ce film est à la fois beau et effrayant à regarder. Du jour au lendemain on peut tout perdre et le monde continue de tourner.

Gillian Anderson et Jason Isaacs en tenue de randonnée.

The Life of Chuck

Je regarde tout ce que produit Mike Flanagan et je n’aime pas tout mais quand même une majeure partie. The Life of Chuck (La vie de Chuck) (2024) est un film adapté de la nouvelle éponyme de Stephen King (mon auteur préféré, nous avons donc ici une convergence des luttes qui me flatte) issue du recueil Si ça saigne (2020). C’est une histoire extraordinaire, au sens propre, racontée sous forme de chronologie inversée et elle est plutôt triste. Cependant, King comme Flanagan la racontent de manière fantasque, ce qui allège le poids de la peine. Je ne peux pas en dire davantage, tout ne serait que spoil mais retenez un Tom Hiddleston danseur comme on aime ainsi que cette célèbre citation du poète américain Walt Whitman : Je suis vaste, je contiens des multitudes.

Annalise Basso et Tom Hiddleston en train de danser en pleine rue.

Hokum

Tous mes tropes préférés sont dans ce film : une histoire d’écrivain dans un hôtel hanté irlandais pendant la saison d’Halloween, mais hélas, j’ai été un peu déçue. Il m’arrive souvent de m’ennuyer devant un film d’horreur, dans le fond je ne suis peut-être pas vraiment la cible. Je suis lassée par les jump scares, bien qu’il n’y en ait pas tant ici. Je ne saurais donc pas dire ce qui m’a posé problème pour Hokum. Je crois que ma quête dans ce domaine est infinie. Il est possible que si ce n’était pas encore fait avec Donnie Darko, Hokum vous laisse définitivement avec une phobie des lapins.

Adam Scott effrayé !

The Other Bennet Sister

Les Bennet sont la famille star chez Jane Austen, tout le monde connaît Elizabeth pour sa love story avec Fitzwilliam Darcy dans Orgueil et préjugés mais l’autrice Janice Hadlow s’est attardée sur Mary, la troisième de la sororie (dans l’ordre Jane, Elizabeth, Mary, Kitty et Lydia), dans son roman publié en 2020, The Other Bennet Sister, fraîchement adapté en mini-série pour la BBC. Selon les diktats du tout début du XIXe siècle, Mary n’est pas aussi belle que ses sœurs, aussi a-t-elle le plus grand mal à trouver un parti. Elle porte des spectacles (terme anglais désuet pour les lunettes), au grand dam de sa mère qui n’a qu’une seule mission en ce bas monde : marier ses filles. Mary fait tout pour plaire à ses parents et entrer dans le rang mais tout ne dépend pas d’elle. J’ai adoré cette série parce qu’elle s’inscrit parfaitement dans le sillage de Jane Austen avec cette éternelle quête du bon mariage, la seule issue possible pour une femme de cette époque. Le propos est engagé et j’ai été très émue par le personnage de Mary, joué par l’excellente Ella Bruccoleri.

Margo's got money troubles

Dans cette mini-série disponible sur Apple : Margo (Elle Fanning) est étudiante à l’université et son prof de littérature lui dit qu’elle a beaucoup de talent pour l’écriture. Par conséquent, iels ont une liaison et Margo tombe enceinte. Ses colocs sont dégoûtées et quittent la baraque. Sa mère, jouée par une Michelle Pfeiffer superbement cagole, est horrifiée. Son père (Nick Offerman), ex-catcheur toxicomane, devient son nouveau coloc. Elle quitte l’université et se fait virer de son boulot pour mener sa grossesse à terme. Mais elle trouve un moyen rapide, “facile” et fort bien payé pour régler son loyer. J’ai bien aimé, c’était divertissant, mais il y a des aspects qu’il faut analyser tout de même. Je me doute que la culture américaine est différente de la nôtre mais il y a une réelle omerta dans les fictions en provenance de ce pays sur l’avortement. Le bébé de Margo est un prétexte assez grossier dans le scénario, on a l’impression qu’elle souhaite devenir mère du jour au lendemain, c’est déroutant. Dans la vie normale, elle aurait probablement choisi une IVG afin de continuer ses études de littérature et d’écriture. Mais admettons, sinon il n’y aurait pas eu d’histoire. Margo, et donc Elle Fanning, est magnifique : jeune, belle, mince, blonde, petits seins, une grossesse qui l’atteint à peine (c’est de la fiction). Ça résonne alors avec The Other Bennet Sister et le personnage de Mary qui a un physique que l’on jugerait banal et je l’imagine soudain à la place de Margo : aurait-elle pu avoir le luxe de continuer sa grossesse ? Aurait-elle pu gagner de l’argent de la même façon que Margo ? Nous savons bien que non. Le physique d’Elle Fanning est donc un deuxième prétexte pour ce scénario. Rien de personnel mais j’aurais voulu une autre actrice pour une histoire alternative.

2 réflexions sur “Je suis vaste, je contiens des multitudes”

  1. Même souci que toi avec Margo’s got money troubles. À aucun moment son choix de garder l’enfant ne semble « logique » (si tant est qu’il y en ait une, en tout cas ça m’a complètement échappé !). Cela dit, j’ai quand même trouvé la série plutôt divertissante grâce au cast (et j’adore le personnage de Susie, vraiment la MVP).

    1. Oui, le cast sauve la série ! Susie est hyper cool mais je dois avouer que j’ai surtout kiffé la mère de Margo, c’est sûrement parce que j’adore Michelle Pfeiffer. Je n’en ai pas parlé mais juste avant ça j’ai regardé une autre série avec elle, The Madison (une histoire de deuil, c’était assez larmoyant), et elle était plutôt fidèle à l’image qu’on a d’elle. Dans Margo’s got money trouble elle est complètement différente et j’ai trouvé ça rafraîchissant !

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